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L’homme qui chavire Alberto Giacometti (1901-1966)

Homme qui chavire
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  • Homme qui chavirea
  • Giacometti travaillant sur une statuette en plâtre1
  • Héraklès archer2
  • L’Enfant prodigue3
Homme qui chavire
(AGD no 1026)
auteur(s) : Alberto Giacometti (1901-1966)
dimension : H. 60 cm ; L. 22 cm ; P. 36 cm
matériaux : bronze, édition 3/6, Alexis Rudier Fondeur
technique : sculpture
datation : 1950
lieu de conservation : Aix-en-Provence, musée Granet
Homme qui chavire
Homme qui chavire
(AGD no 1026)
auteur(s) : Alberto Giacometti (1901-1966)
dimension : H. 60 cm ; L. 22 cm ; P. 36 cm
matériaux : bronze, édition 3/6, Alexis Rudier Fondeur
technique : sculpture
datation : 1950
lieu de conservation : Aix-en-Provence, musée Granet
Giacometti travaillant sur une statuette en plâtre
Giacometti travaillant sur une statuette en plâtre
auteur(s) : Brassaï, Halasz Gyula dit (1899-1984)
matériaux : épreuve gélatino-argentique
technique : photographie
lieu de conservation : Collection particulière
Héraklès archer
Héraklès archer
Héraklès tue les oiseaux du lac Stymphale, 2e version
auteur(s) : Antoine Bourdelle, Émile-Antoine Bourdelle dit (1861-1929)
dimension : H. 248 cm ; L. 247 cm ; P. 123 cm
matériaux : bronze doré
technique : sculpture
datation : 1909
lieu de conservation : Paris, musée d’Orsay
L’Enfant prodigue
L’Enfant prodigue
auteur(s) : Auguste Rodin (1840-1917)
dimension : H. 56 cm ; L. 24 cm ; P. 29 cm
matériaux : bronze
technique : sculpture
datation : vers 1880
lieu de conservation : Paris, musée Rodin
Comment représenter le vide qui peut happer l’homme ? Que signifie ce vide ? Que recherche inlassablement le sculpteur Giacometti ?

Né en 1901 à Stampa en Suisse, à la frontière avec l’Italie, Alberto Giacometti pratique dès son plus jeune âge le dessin, la peinture et le modelage, des techniques qui resteront au cœur de son travail tout au long de sa carrière. Installé à Paris depuis 1922, il élit domicile en 1927 dans le quartier Montparnasse où il a trouvé un atelier qu’il occupera jusqu’à sa mort. Fasciné par les antiquités égyptiennes, l’art africain et océanien tout autant que par la peinture de Paul Cézanne, Giacometti cherche longtemps sa voie parmi les différents courants avant-gardistes de la première moitié du XXe siècle. Ce n’est qu’après 1945 que naissent les figures longilignes qui lui apportent la notoriété et le succès. Avec elles, il revient à l’étude de la figure humaine et apparaît à contrecourant des grands mouvements esthétiques de son temps, tant par sa technique que par ses thématiques. L’homme qui chavire [ image principale ] constitue une des œuvres majeures de sa maturité et révèle la singularité de son traitement des formes.

Une création singulière

L’homme qui chavire s’inscrit dans la lignée de son Homme qui marche et de sa Femme debout. Des esquisses voient le jour dès 1947. Pour réaliser cette sculpture, Giacometti a commencé par modeler de la terre et du plâtre [ image 1 ] sur une armature en fil de fer retenu par de la filasse. Il aime l’aspect inachevé, rugueux de la surface, laissant des empreintes de doigts et même d’ongles. Quand, dans la phase finale de la création, Alberto Giacometti passe du plâtre au bronze, il travaille en étroite collaboration avec son frère Diego. Ce dernier s’occupe particulièrement de mouler les modèles et d’appliquer la patine sur les statuettes à leur retour de la fonderie.

L’obsession du vide

Jean-Paul Sartre écrit en 1954 à propos de l’artiste : « Giacometti est devenu sculpteur parce qu’il a l’obsession du vide. » L’homme qui chavire confirme la justesse de cette analyse. La figure se déploie dans l’espace et donne la sensation d’un vide immense autour d’elle, qui menace de l’absorber. Ce travail a pu trouver sa source dans l’enseignement reçu dans l’atelier du sculpteur Antoine Bourdelle entre 1922 et 1926. L’Héraklès archer [ image 2 ], malgré une corpulence bien éloignée de l’extrême sveltesse de L’homme qui chavire, joue également d’un savant équilibre entre les vides et les pleins ; les espaces vides mettent en valeur le corps sculpté.

Le socle primordial

Le socle cylindrique sur lequel repose la figure n’est pas un simple support, mais fait partie intégrante de l’œuvre. En effet, il renforce la fragilité de l’homme encore lié à cette base solide par l’extrême pointe des pieds et qui va en tomber. Giacometti accorde une grande attention à ces supports, détestant les « socles amorphes ». Ils participent pleinement à sa réflexion constante sur l’être humain, à son questionnement sur la précarité de l’existence : « J’ai toujours le sentiment de la fragilité des êtres vivants […] comme si à chaque instant il fallait une énergie formidable pour qu’ils puissent tenir debout, instant par instant, toujours dans la menace de s’écrouler. »

Le déséquilibre : une expérience personnelle ou plastique ?

Dans cette œuvre, Giacometti témoigne d’un intérêt pour le déséquilibre, pour l’instant où tout chavire. Cette fascination pourrait découler d’une expérience personnelle, car Giacometti, victime d’un accident de la circulation survenu en 1938, boitait et souffrait régulièrement de vertiges. Mais elle s’inscrit aussi dans le sillage du célèbre sculpteur Auguste Rodin qui, dans L’Enfant prodigue [ image 3 ], avait exploré avant lui ce motif d’une figure au bord du gouffre. Cependant Rodin et Giacometti se situent presque aux antipodes quant au traitement des corps. Cet « homme qui chavire » est un être dépouillé de peau, d’organes, de muscles. Il ne subsiste qu’une chair accidentée accrochée à une ossature.

L’artiste opte pour la nudité qui rend universel cet être au bord du néant. La silhouette longue et fine s’apparente à une tige, une sorte de signe tracé dans l’espace. Mais la tête renversée en arrière, le bras droit à l’horizontale à la recherche d’un appui invisible, les pieds qui semblent lentement s’arracher à la terre où ils étaient englués, trahissent la résistance de cet homme à une chute pourtant inexorable.

L’art, un moyen de mieux voir

Édité en bronze entre 1950 et 1952, L’homme qui chavire peut être interprété comme une métaphore du sort et des aspirations spirituelles de l’homme. Elle entre en résonance avec la pensée des écrivains, amis du sculpteur, qui tous questionnent à leur manière les fondements de la condition humaine en quête ou en perte de sens après le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale : Sartre avec l’existentialisme, Beckett avec l’absurde, ou encore Jean Genet.

Pour Alberto Giacometti, l’art est un moyen pour mieux appréhender la réalité. Pour lui, une sculpture « n’est pas un objet, elle est une interrogation, une question, une réponse, elle ne peut être ni finie ni parfaite ». Ainsi procède-t-il obstinément par « échecs » successifs pour saisir une présence qui sans cesse lui échappe.

Christine Kastner-Tardy

Permalien : http://www.panoramadelart.com/alberto-giacometti-l-homme-qui-chavire

Publié le 22/10/2013

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ressources internet

  1. Site de la Fondation Annette et Alberto Giacometti vouée à la mémoire de l’œuvre de l’artiste, aux études le concernant et à la gestion des droits
    http://www.fondation-giacometti.fr/
  2. L’homme qui marche, sur le site de la Fondation Annette et Alberto Giacometti
    http://www.fondation-giacometti.fr/fr/art/16/decouvrir-l-%C5%93uvre/18/alberto-g
  3. Un dossier pédagogique, largement illustré, réalisé à l’occasion de l’exposition « L’Atelier d’Alberto Giacometti » au Centre Pompidou en 2007
    http://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-giacometti/ENS-giaco
  4. Site du musée Granet à Aix-en-Provence, où est conservée la sculpture de Giacometti
    http://www.museegranet-aixenprovence.fr/www/collections-permanentes-fiche.php?me
  5. Voir aussi le site Histoiredesarts.culture.fr

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glossaire

Patine :
Dépôt qui se forme au fil du temps à la surface d’un matériau. Le mot désigne aussi un mélange appliqué en finition pour imiter artificiellement le vieillissement naturel.
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