Château de Chambord

Façade sud du château de Chambord

Auteur

Dimensions

Provenance

Technique

Architecture

Matériaux

Datation

Commencé en 1519

Lieu de conservation

France, Chambord, château de Chambord

Par quel artiste célèbre ce joyau de l’architecture française a-t-il été conçu ?

Construit au cœur du plus grand parc forestier clos d’Europe (50 kilomètres carrés entourés d’un mur de 32 kilomètres), image 1 Chambord est le plus grand des châteaux de la Loire. C’est le seul domaine royal encore intact depuis sa création.
Le domaine de Chambord est rattaché à la Couronne de France en 1498. Dès son avènement en 1515, le roi François Ier projette deux grands chantiers : construire une nouvelle capitale à Romorantin en Sologne, qui serait une nouvelle Rome, et édifier un somptueux château à Chambord image principale et détail b, au cœur d’une forêt où le roi aimait chasser. Ce fastueux monument seul sera achevé.

Un modèle inspiré de la Renaissance italienne

Dès 1516, François Ier et Léonard de Vinci entament le projet de Romorantin. En 1519, on entreprend le château de Chambord image principale à la place de la forteresse médiévale détruite. Dès 1496, le roi Charles VIII avait convié l’architecte napolitain Fra Giocondo pour travailler au domaine royal, introduisant ainsi la Renaissance italienne en France. À Chambord, toutefois, le nouveau palais reste médiéval. C’est un donjon de plan carré, cantonné de grosses tours rondes détail b. L’ensemble sera entouré d’un mur d’enceinte qui, peu à peu, sera doublé de bâtiments d’habitation détail c.

Comme pour Romorantin, François Ier veut s’inspirer de l’humanisme pour le château de Chambord. Il étudie les plans d’Alberti, grand bâtisseur italien et auteur d’un traité (De re aedificatoria) rédigé d’après les théories de Vitruve, architecte de la Rome antique. Celles-ci sont basées sur la géométrie, les rapports mathématiques et la symétrie des constructions.
Pour mettre ces théories en application, François Ier choisit un plan en croix grecque (quatre branches de même longueur), comme celui de la basilique Saint-Pierre de Rome, reconstruite à partir de 1506.
De même, le modèle de la chartreuse de Pavie image 4 lui inspire le décor d’incrustation d’ardoise sur la pierre de tuffeau (terrasses détail d).

Par ailleurs, le château est parsemé d’emblèmes et de monogrammes, comme la salamandre de François Ier.
Le 18 décembre 1539, le donjon est achevé pour accueillir Charles Quint, roi d’Espagne voisin et adversaire redoutable de François Ier. Le roi de France veut le recevoir dans un palais somptueux pour l’impressionner et pour lui montrer sa puissance.

Dessins de Léonard de Vinci

Pour concrétiser ce projet, François Ier fait appel à Léonard de Vinci image 3. L’artiste arrivé d’Italie en 1516 est installé par le roi à Amboise, au château du Clos-Lucé. Il est nommé « premier peintre, architecte et ingénieur du roi ». Son assistant, Dominique de Cortone, a collaboré aux travaux du château. L’architecture reflète fidèlement les préoccupations de Léonard, donnant à Chambord un caractère franco-italien.
Parmi ses dessins, on trouve des escaliers à quatre montées image 3 et des plans en croix grecque. On peut penser que ce modèle d’escalier était trop complexe à faire réaliser par ses collaborateurs. Il a été simplifié et construit comme un escalier à double révolution. Deux personnes empruntant chacune une volée de marches peuvent s’apercevoir détail e par les ouvertures centrales de l’escalier, mais arrivent aux étages sans s’être croisées. On retrouve son influence dans le plan centré du donjon détail b, dans les latrines à double fossé et conduits d’aération, et dans le système d’étanchéité des terrasses.
Léonard est mort en mai 1519. Il n’a jamais travaillé au château, commencé en octobre suivant. Toutefois, ses carnets témoignent de ses recherches. Aucun autre artiste, aucun autre architecte ou ingénieur n’a laissé de traces dans ces domaines. On peut penser que Chambord sera sa première et sa dernière création architecturale. Il n’est jamais venu sur le chantier, mais il a pensé des projets qui ont été adaptés et adoptés. Ces derniers seront repris ultérieurement dans différents ouvrages d’architecture.

Le château commencé par François Ier a été achevé par Louis XIV image 2. Jules Hardouin-Mansart, en 1680-1686, termine l’aile ouest, la chapelle et l’enceinte basse. Louis XIV viendra fréquemment à Chambord, avec Lully et Molière, qui y donnent Monsieur de Pourceaugnac et le Bourgeois gentilhomme. Il fait aménager des appartements confortables pour lui et pour Madame de Maintenon. Viendront également à Chambord Philippe V, roi d’Espagne, et Philippe d’Orléans, régent de France.
Le château de Chambord a servi de résidence de prestige au XVIIIe siècle : Stanislas Leckzinski, roi de Pologne, et le maréchal de Saxe en sont les occupants les plus célèbres. En 1809, le maréchal Berthier réside à Chambord. En 1821, le domaine est acheté par souscription et offert à Henri d’Artois, petit-fils de Charles X, qui devient le comte de Chambord. Il entreprend d’importants travaux de restauration des bâtiments, d’aménagement du parc de chasse, et il ouvre le domaine au public.

Un refuge pour les chefs-d’œuvre pendant la Seconde Guerre mondiale

Hitler veut construire à Linz, en Autriche, un musée idéal. Pour réunir des collections, il entreprend un pillage organisé d’œuvres d’art. Les musées, galeries, collections privées (juives principalement) permettent à certains dignitaires nazis, marchands d’art et musées de tirer profit de la situation. Dès 1933, les musées français craignent une invasion allemande.

Jacques Jaujard, directeur des musées de France, assisté de Pierre Schommer, établit des listes d’œuvres prioritaires et recherche au sud de la Loire des bâtiments pour les abriter (châteaux, abbayes).
Chambord est choisi comme centre de réception, avant que les caisses ne soient transférées dans d’autres lieux plus adaptés.
Dès le mois d’août 1939, 51 convois quittent le Louvre vers Chambord, avec 5 446 caisses, plus de 6 000 mètres cubes de trésors archéologiques et artistiques image 5. On craint les vols de l’occupant, les bombardements et les destructions.
En juin 1940, la France est défaite et Jacques Jaujard doit fournir la carte des dépôts et la liste des contenus à l’occupant. Les autorités allemandes attendent la fin du conflit pour se les approprier. Le comte Wolff-Metternich, chargé de la protection du patrimoine français, évitera que les œuvres soient livrées à la convoitise des dignitaires nazis.
La zone occupée s’étend peu à peu et de nouveaux musées sont évacués. Chambord devient un dépôt à part entière. Il abritera 4 000 mètres cubes de caisses image 6 jusqu’en juin 1944. Le 22 juin 1944, Chambord échappe à la catastrophe : un avion américain s’écrase et explose dans les jardins, à quelques mètres du précieux trésor.
À la fin de la guerre, en 1945, Jacques Jaujard renvoie les collections d’archéologie, peintures, sculptures, tapisseries, dessins et archives, le mobilier et les objets d’art dans leurs musées respectifs.
Les collections juives ont été systématiquement pillées, transportées au musée du Jeu de Paume dans le jardin des Tuileries à Paris, triées, vendues ou envoyées en Allemagne. Tout au long de la guerre, Rose Valland a établi secrètement des inventaires qui lui permettront de récupérer les œuvres après le conflit. 60 000 sont retrouvées, 2 000 œuvres MNR sont encore dans les musées, en attente de restitution, mais aucun propriétaire ne s’est encore manifesté.

Au cœur de la forêt de Sologne, entre Amboise, Blois, Chenonceaux et Cheverny, le château de Chambord est le plus célèbre du Val de Loire. Par ses dimensions gigantesques, son passé historique, son domaine forestier de 5 500 hectares, il est resté pendant quatre siècles la plus majestueuse résidence royale.

Marie-Bélisandre Vaulet-Lagnier

Permalien : https://panoramadelart.com/analyse/chateau-de-chambord

Publié le 01/03/2024

Ressources

Le film documentaire Chambord, l’énigme de François Ier, 51 min 26 s

https://youtu.be/E19Oo4QmCVE

« Visite privée du château de Chambord confiné ! », une vidéo du domaine national de Chambord

https://youtu.be/WQfLnoGZ75g

Monuments Men, 2014, 119 min, un film de fiction sur la protection des œuvres pendant la Seconde Guerre mondiale (extrait)

https://www.youtube.com/watch?v=rpTpUt7MPCU

« Jaujard, l’homme qui a sauvé le Louvre pendant la Deuxième Guerre mondiale », un épisode de Visites privées, (extrait de 13 min 52 s)

https://youtu.be/TPU3mk3lPP8

Glossaire

MNR : (Musées Nationaux Récupération) sigle désignant, parmi les 60 000 œuvres rentrées en France en 1945, les 2 000 qui n’ont pas été réclamées. Elles sont accessibles au public et portent un numéro d’inventaire commençant par MNR.

Latrines : Équivalent de nos toilettes actuelles.

Tuffeau : Roche calcaire, blanche et assez friable, caractéristique de la Touraine et du Val de Loire.

Renaissance : Mouvement artistique né au XVe siècle en Italie et qui se diffuse dans le reste de l’Europe au XVIe siècle. Il repose sur la redécouverte, l’étude et la réinterprétation des textes, monuments et objets antiques. À la différence de la pensée médiévale qui donne à Dieu une place centrale, c'est l'homme qui est au cœur de la pensée de la Renaissance.   

Humanisme : Mouvement de la pensée qui se développe au cours de la Renaissance et qui met au cœur de ses valeurs la personne humaine, sa dignité et son épanouissement, accompagné d’un retour aux sources gréco-latines