1. préhistoire
  2. antiquité
  3. moyen âge
  4. temps modernes
  5. XIXe siècle
  6. XXe siècle

Pyxide au nom d’al-Mughira

Pyxide au nom d’al-Mughira
  • Pyxide au nom d’al-Mughiraa
  • Pyxide au nom d’al-Mughirab
  • Pyxide au nom d’al-Mughirac
  • Pyxide au nom d’al-Mughirad
  • Pyxide au nom d’al-Mughirae
  • Pyxide au nom d’al-Mughiraf
  • Pyxide au prince trônant1
  • Bassin2
Pyxide au nom d’al-Mughira
dimension : H. 16 cm ; D. 11,8 cm
matériaux : ivoire
technique : sculpture, gravure
provenance : Espagne, Cordoue, Madinat al-Zahra (?)
datation : 968
lieu de conservation : Paris, musée du Louvre
Pyxide au nom d’al-Mughira
Pyxide au nom d’al-Mughira
dimension : H. 16 cm ; D. 11,8 cm
matériaux : ivoire
technique : sculpture, gravure
provenance : Espagne, Cordoue, Madinat al-Zahra (?)
datation : 968
lieu de conservation : Paris, musée du Louvre
Pyxide au nom d’al-Mughira
Pyxide au nom d’al-Mughira
Détail de la partie supérieure du couvercle
dimension : H. 16 cm ; D. 11,8 cm
matériaux : ivoire
technique : sculpture, gravure
provenance : Espagne, Cordoue, Madinat al-Zahra (?)
datation : 968
lieu de conservation : Paris, musée du Louvre
Pyxide au nom d’al-Mughira
Pyxide au nom d’al-Mughira
Déroulé du décor
dimension : H. 16 cm ; D. 11,8 cm
matériaux : ivoire
technique : sculpture, gravure
provenance : Espagne, Cordoue, Madinat al-Zahra (?)
datation : 968
lieu de conservation : Paris, musée du Louvre
Pyxide au nom d’al-Mughira
Pyxide au nom d’al-Mughira
Joueur de luth entouré de deux hommes assis
dimension : H. 16 cm ; D. 11,8 cm
matériaux : ivoire
technique : sculpture, gravure
provenance : Espagne, Cordoue, Madinat al-Zahra (?)
datation : 968
lieu de conservation : Paris, musée du Louvre
Pyxide au nom d’al-Mughira
Pyxide au nom d’al-Mughira
Deux hommes devant des nids de faucons
dimension : H. 16 cm ; D. 11,8 cm
matériaux : ivoire
technique : sculpture, gravure
provenance : Espagne, Cordoue, Madinat al-Zahra (?)
datation : 968
lieu de conservation : Paris, musée du Louvre
Pyxide au nom d’al-Mughira
Pyxide au nom d’al-Mughira
Deux chasseurs à cheval de part et d’autre d’un palmier
dimension : H. 16 cm ; D. 11,8 cm
matériaux : ivoire
technique : sculpture, gravure
provenance : Espagne, Cordoue, Madinat al-Zahra (?)
datation : 968
lieu de conservation : Paris, musée du Louvre
Pyxide au prince trônant
Pyxide au prince trônant
dimension : H. 19,4 cm ; D. 12,2 cm
matériaux : ivoire
technique : sculpture
provenance : Espagne, Cordoue
datation : Xe siècle (969/970)
lieu de conservation : Royaume-Uni, Londres, Victoria and Albert Museum (no inv. : 368-1880)
Bassin
Bassin
Cavalier tenant un guépard en laisse
Baptistère de Saint Louis
auteur(s) : Muhammad ibn al-Zayn
dimension : H. 22,2 cm ; D. 50,5 cm
matériaux : alliage cuivreux, argent, or
technique : martelage, incrustation, gravure
provenance : Égypte ou Syrie
datation : XIVe siècle
lieu de conservation : Paris, musée du Louvre, département des Arts de l’Islam (no inv. : LP 16)
Cette boîte à bijoux nous raconte-t-elle la lutte de deux princes pour le pouvoir ?

En 711,  l’Espagne  est envahie par des conquérants arabes, qui souhaitent constituer un grand empire musulman depuis le Proche-Orient, lieu de naissance de l’Islam. Une grande partie de la péninsule ibérique est alors appelée al-Andalus et est dirigée par un wali, gouverneur placé sous l’autorité du calife, successeur de Mahomet à la tête du monde musulman.

En 750, la dynastie califale des Omeyyades, qui réside à Damas (Syrie), est renversée par les Abbassides, dont la capitale sera Bagdad (Irak). Un prince omeyyade ayant survécu au massacre des siens par les Abbassides se réfugie cependant en al-Andalus et fonde l’émirat de Cordoue. En 929, un de ses descendants, Abd al-Rahman III, proclame le califat de Cordoue se déclarant véritable calife de l’empire musulman, et défiant ainsi l’usurpateur abbasside. Son règne et celui de son fils al-Hakam II constitueront une phase brillante de l’histoire d’al-Andalus.

Un objet princier

En 1898, le musée du Louvre achète à un prix très élevé cette boîte image a à un antiquaire. Si son lieu de découverte est inconnu, elle se rattache toutefois à un ensemble de boîtes cylindriques et de coffrets rectangulaires sculptés au xe siècle par les ateliers royaux de Cordoue et de Madinat al-Zahra, cité princière voisine, pour la famille royale. Ces objets sont réalisés en ivoire, matériau alors considéré comme aussi précieux que l’or. Les boîtes circulaires seront par la suite réutilisées par les chrétiens de la Reconquista pour y conserver des hosties et des reliques. C’est alors qu’elles sont appelées pyxides, terme provenant du mot grec puxís (πυξίς, boîte).

Une vingtaine de pyxides sont connues à ce jour image 1, remontant  toutes  à la période 960-970. Cette datation est possible car elles portent presque toutes une inscription donnant une date.  

Celle de notre pyxide  longe le bord du couvercle image c et célèbre al-Mughira, fils cadet du calife Abd al-Rahman III : « Bénédiction de Dieu, bienfait, joie, béatitude pour al-Mughira, fils du Commandeur des Croyants [calife], que Dieu lui fasse miséricorde de ce qu’il a fait l’année 357 [selon le calendrier musulman, 968 selon le nôtre]. » Une  pyxide conservée à New York  est quant à elle ornée du poème suivant : « Le spectacle que j’offre est celui des plus belles, le ferme sein d’une délicate demoiselle. La Beauté m’a dotée de fiers atours, de joyaux tout déployés. Je suis réceptacle pour le musc, le camphre et l’ambre gris. »

Formes raffinées et prouesses techniques

La pyxide d’al-Mughira a été taillée dans le milieu de la défense d’un éléphant âgé. Le bloc d’ivoire a été sculpté, gravé et incrusté par endroits d’une matière noire non identifiée, peut-être du jais.

Le décor présente, sur un fond végétal touffu, des médaillons polylobés, délimités par un liseré perforé sans début ni fin, dans lesquels sont représentées 69 figures humaines ou animales d’une remarquable expressivité : le couvercle montre ainsi un fauconnier à cheval, des gazelles, des lions et des paons symbole royal image b, tandis que la boîteimage c présente surtout des hommes image c. Le Coran n’interdit pas la représentation d’êtres humains, sauf dans un contexte religieux.

Les motifs, finement sculptés, couvrent toute la surface de l’objet. La taille est si profonde que, par endroits, la paroi devient translucide lorsque la pyxide est éclairée de l’intérieur. Celle-ci est donc  un véritable chef-d’œuvre, reflet du raffinement du califat de Cordoue.

Une affaire de succession

Lorsqu’Abd al-Rahman III prévoit sa succession, il envisage qu’al-Mughira, son fils cadet, succède à son fils aîné, al-Hakam II, ce dernier n’ayant alors pas d’enfant. En 968, date indiquée sur la pyxide, al-Hakam II règne depuis sept ans ; il a 53 ans et un fils âgé de 3 ans, né d’une favorite. Certains grands serviteurs de la Cour, redoutant une mort prochaine d’al-Hakam et ne souhaitant pas que son fils, alors trop  jeune, lui succède, envisagent l’accession au trône d’al-Mughira, alors âgé de 18 ans.

Sur la pyxide, des scènes pourraient évoquer des notions de souveraineté ou de prise de pouvoir, et être ainsi l’expression de ce souhait. Tel est le médaillon présentant deux hommes assis à l’orientale, c’est-à-dire en tailleur, entourant un joueur de luth debout image d : le personnage de gauche est représenté de face et tenant un flacon, figuration traditionnelle du souverain dans l’art musulman. Il pourrait donc s’agir du calife, d’autant plus qu’il tient aussi le sceptre tressé des Omeyyades. . L’homme de droite, tenant un éventail rond, pourrait être son serviteur. Le regard hostile lancé par le premier personnage au deuxième  rend cependant leur identification sujette à caution : s’agirait-il de la représentation de deux princes rivaux ? Le médaillon voisin montrant  image e deux hommes qui  s’apprêtent à prendre des œufs dans un nid de faucons, oiseau emblématique des Omeyyades ( l’œuf, lui, étant symbole de la capitale  Cordoue dans la littérature omeyyade)  évoque peut-être une lutte pour le pouvoir. Enfin, un troisième médaillon présente deux cavaliers de part et d’autre d’un palmier, cueillant des dattes image f. La présence de faucons au-dessus de leurs têtes indique qu’il s’agit de chasseurs, tandis que les guépards assis derrière eux, sur la croupe de leurs chevaux, laissent entendre qu’ils appartiennent probablement à une suite princière ; cet animal, auxiliaire du prince chasseur, est en effet souvent représenté dans les scènes de chasse de l’art islamique image 2. Le palmier, arbre d’Orient introduit en Espagne par les Arabes, avait quant à lui été le sujet d’un poème devenu célèbre en al-Andalus, écrit par le prince omeyyade réfugié à Cordoue, nostalgique de sa terre natale et du califat disparu. Le décor de cette pyxide invite-t-il le jeune al-Mughira, qui vient d’atteindre sa maturité, à cueillir les fruits du pouvoir ?

Al-Mughira ne sera cependant jamais calife. En 976, al-Hakam II meurt, après avoir désigné son fils Hisham comme son successeur. Un complot de cour tente alors de faire monter sur le trône al-Mughira, mais échoue : ce dernier sera assassiné.

Sylvie Cuni-Gramont

Permalien : http://www.panoramadelart.com/pyxide-al-Mughira

Publié le 04/05/2017

haut de page

ressources internet

  1. La notice de l’œuvre sur le site du musée du Louvre
    www.louvre.fr/oeuvre-notices/pyxide-d-al-mughira
  2. « Aux origines de la fitna, l’affaire al-Mughîra : la mémoire refoulée d’un assassinat à la cour de Cordoue à la fin du Xe siècle », un article de Sophie Makariou publié dans la revue Médiévales
    https://medievales.revues.org/6206
  3. La pyxide d’al-Mughira dans l’émission « La Visite au Louvre » sur France Culture
    https://www.franceculture.fr/emissions/la-visite-au-louvre/la-pyxide-d-al-mughir
  4. Voir aussi le site Histoiredesarts.culture.fr

Si vous connaissez des ressources intéressantes, partagez-les en nous envoyant un commentaire !

glossaire

Calife :
Chef spirituel et temporel dans le monde arabe, considéré comme le successeur du prophète Mahomet
Ivoire :
Matière blanche et dure provenant des dents ou des défenses d’animaux (cachalot, mammouth, éléphant…).
pyxide :
Reconquista :
Mot espagnol signifiant reconquête. Désigne la reconquête de la péninsule ibérique, sous domination arabo-musulmane depuis le VIIIe siècle (al-Andalous), par les souverains chrétiens, espagnols et portugais. Elle prend fin en 1492 par la prise de Grenade.
haut de page

laisser un commentaire

Votre avis nous intéresse ! Posez-nous des questions, suggérez-nous des sites, des œuvres à étudier... partagez avec d’autres vos coups de cœur !




* mentions obligatoires. Aucune information personnelle ne sera publiée, réutilisée, ou communiquée à des tiers