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Vénus d’Urbin Titien, Tiziano Vecellio dit (vers 1488-1576)

Vénus d’Urbin
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Vénus d’Urbin
auteur(s) : Titien, Tiziano Vecellio dit (vers 1488-1576)
dimension : H. 119 cm ; L. 165 cm
matériaux : huile sur toile
technique : peinture
datation : 1538
lieu de conservation : Italie, Florence, Galerie des Offices
Vénus d’Urbin
Vénus d’Urbin
auteur(s) : Titien, Tiziano Vecellio dit (vers 1488-1576)
dimension : H. 119 cm ; L. 165 cm
matériaux : huile sur toile
technique : peinture
datation : 1538
lieu de conservation : Italie, Florence, Galerie des Offices
La Bella
La Bella
auteur(s) : Titien, Tiziano Vecellio dit (vers 1488-1576)
dimension : H. 100 cm ; L. 75 cm
matériaux : huile sur toile
technique : peinture
datation : 1536
lieu de conservation : Italie, Florence, Palazzo Pitti, Galleria Palatina
Cassone
Cassone
dimension : H. 66 cm ; L. 165 cm
datation : milieu du XVIe siècle
lieu de conservation : Paris, musée du Louvre
Flore
Flore
auteur(s) : Titien, Tiziano Vecellio dit (vers 1488-1576)
dimension : H. 79 cm ; L. 63 cm
matériaux : huile sur toile
technique : peinture
datation : XVIe siècle
lieu de conservation : Italie, Florence, Galerie des Offices
Olympia
Olympia
auteur(s) : Édouard Manet (1832-1883)
dimension : H. 130,5 cm ; L. 190 cm
matériaux : huile sur toile
technique : peinture
datation : 1863
lieu de conservation : Paris, musée d’Orsay

La commande : « una donna nuda »

Dès les années 1530, Titien, peintre le plus célèbre de Venise, commence à recevoir des commandes prestigieuses hors de la Lagune. Grâce au soutien de son ami, l’écrivain L’Aretino, il est en contact avec les grandes familles d’Italie et travaille pour le duc de Ferrare, les Gonzaga de Mantoue et Francesco Maria della Rovere, duc d’Urbino. En 1536, il peint pour ce dernier son portrait et celui de son épouse, Eleonora Gonzaga, ainsi que le tableau d’une jeune femme vénitienne, intitulé La Bella [ image 1 ]. Deux ans plus tard, leur fils Guidobaldo, âgé de 25 ans, commande à son tour son portrait à Titien et lui demande une version dénudée de La Bella, « una donna nuda » [ image principale ]. Le tableau est livré l’année même de la commande, en 1538.

Un tableau autour du thème du mariage

Titien, alors âgé de 50 ans, peint pour la première fois un nu monumental en dehors de tout contexte narratif. À ses débuts, en 1510, il avait achevé et modifié le tableau de son maître Giorgione, Vénus endormie, après la mort de celui-ci. Cette toile montre la déesse de l’amour et de la beauté allongée dans un paysage, endormie, peut-être absorbée par un songe. Titien s’en inspire en 1538 pour son tableau, reprenant le principe d’un nu presque grandeur nature, allongé au premier plan ; mais il transpose la figure dans un intérieur palatial et la représente les yeux ouverts, regardant le spectateur. Le tableau de Giorgione avait été peint à l’occasion d’un mariage ; la version de Titien présente un faisceau de symboles traditionnels de l’amour conjugal : les cheveux lâchés (coiffure des Vénitiennes le jour de leurs noces), le petit chien endormi (symbole de fidélité) et, à l’arrière-plan, le myrte en pot (plante à feuillage persistant, symbole de la constance) posé sur le rebord de la fenêtre ainsi que les deux coffres de mariage, appelés cassones [ image 2 ], où des servantes semblent chercher ou ranger des vêtements.

Depuis le XVe siècle, des représentations d’hommes ou de femmes nus peuvent orner l’intérieur du couvercle de ces coffres. S’inspirant de ces images, Titien semble avoir composé un tableau empli d’allusions au mariage, au moment même où la jeune épouse de Guidobaldo atteint l’âge de la puberté. À défaut d’avoir été commandée à l’occasion du mariage, cette image a pu faire partie de celles que l’on exposait dans la chambre des époux, censées favoriser la fertilité.

« Un grand fétiche érotique » (D. Arasse) ?

Inconstestable, la symbolique matrimoniale ne saurait cependant résumer à elle seule le sens du tableau. En effet, il s’avère que maints symboles sont ambivalents. Ainsi, le bouquet de roses que la jeune femme tient dans la main droite, attribut traditionnel de Vénus, est à la Renaissance une allusion à l’offrande sexuelle lorsque les fleurs sont associées à la nudité de la poitrine. On en trouve trace dans la poésie de Boccace et dans un autre tableau de Titien, Flore [ image 3 ]. De même, le chien endormi peut être associé à la luxure ; ainsi, lorsqu’il peint Danaé en 1553, Titien figure le même chien sur le lit de la jeune femme, au moment où celle-ci est fécondée par Zeus transformé en pluie d’or.

Il semble plutôt que Titien ait inscrit son nu dans une série de portraits allégoriques peints à Venise sous la dénomination générique de « Belles », présentant sous les traits de divinités des courtisanes à la beauté idéalisée, vêtues ou non, et très appréciés par les collectionneurs. Le statut des épouses dans la Venise conservatrice du XVIe siècle étant des plus stricts, les courtisanes constituent une alternative pour les hommes à la recherche de plaisir charnel (proscrit entre époux) et pour les peintres en quête de modèles. Ainsi, l’ample chevelure blonde tombant sur les épaules peut tout aussi bien renvoyer à la sensualité des courtisanes. Nombre de ces femmes, cultivées, talentueuses et émancipées, vivent dans des palais. L’intérieur peint au second plan pourrait donc en évoquer un, de même que les cassones qui peuvent se trouver dans leur chambre. S’il s’agit bien de l’image d’une courtisane, le geste de la main gauche, dont les doigts sont enfouis dans l’ombre de l’aine, peut être compris comme une invitation explicite au plaisir sexuel. Ce geste des plus audacieux est repris une seule fois par Titien, dans la Danaé de 1553, mais par aucun autre peintre.

Un scandale jamais démenti

Conservé dans les collections de la famille d’Urbino, le tableau est admiré en 1548 par Vasari qui est le premier à qualifier cette femme de Vénus. En 1600, le duc d’Urbino, choqué par son sujet, ne le montre que de mauvaise grâce, confessant qu’il ne le conserve que parce qu’il est de la main du célèbre Titien. Passé dans la famille Médicis à la mort du dernier duc d’Urbino, il se retrouve dans les collections des Offices où il est caché par un autre tableau jusqu’en 1784, et montré en de rares occasions. Il devient un objet de curiosité, apprécié par les amateurs affluant de toute l’Europe pour accomplir leur grand tour et par les artistes qui en effectuent des copies largement diffusées. Jugé obscène au XIXe siècle, il inspire à Édouard Manet sa célèbre Olympia [ image 4 ], courtisane moderne au regard et au geste non moins provocateurs.

Stéphanie Elhouti-Cabanne

Permalien : http://www.panoramadelart.com/tiziano-vecellio-dit-titien-venus-urbin

Publié le 16/03/2015

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glossaire

Attribut :
Objet, animal ou figure systématiquement associé à un personnage (dieu, saint, héros, figure allégorique…). Il est tenu, porté ou juxtaposé. L’attribut fait souvent allusion de manière emblématique à un épisode marquant de sa vie ou de sa légende, ou bien à son essence ou à sa fonction. L’attribut permet de le reconnaître.
Héros :
Dans la Grèce antique, personnage le plus souvent issu de l’union d’une divinité et d’un mortel auquel on prête des aventures exceptionnelles. Associé à la vie locale, un culte est rendu sur son tombeau.
Médicis :
Famille florentine de banquiers collectionneurs et protecteurs des arts. Ses membres s’emparent progressivement du pouvoir à Florence au XVe siècle. Deux grands papes de la Renaissance en sont issus : Léon X (1475-1521) et Clément VII (1478-1534). Anoblie au XVIe siècle, la famille Médicis s’allie deux fois à la France en lui donnant deux reines et régentes : Catherine (1519-1589), épouse d’Henri II, et Marie (1575-1642), épouse d’Henri IV.
Renaissance :
Mouvement artistique né au XVe siècle en Italie et qui se diffuse dans le reste de l’Europe au XVIe siècle. Il repose sur la redécouverte, l’étude et la réinterprétation des textes, monuments et objets antiques. À la différence de la pensée médiévale qui donne à Dieu une place centrale, c'est l'homme qui est au cœur de la pensée de la Renaissance.   
Vénus :
Déesse romaine de l’Amour et de la Beauté, vénérée sous le nom d’Aphrodite par les Grecs. Son nom est donné aux statuettes préhistoriques, caractéristiques de la culture gravettienne, réalisées en pierre ou en ivoire, représentant des femmes aux formes généreuses.
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