Le Talisman | Panorama de l'art

  1. préhistoire
  2. antiquité
  3. moyen âge
  4. temps modernes
  5. XIXe siècle
  6. XXe siècle
  1. préhistoire
  2. antiquité
  3. moyen âge
  4. temps modernes
  5. XIXe siècle
  6. XXe siècle


Le Talisman Paysage au bois d’Amour Paul Sérusier (1864-1927)

Paul Sérusier (1864-1927), Le Talisman (Paysage au bois d’Amour). Octobre 1888, peinture (huile sur bois), 27 × 21,5 cm. Paris, musée d’Orsay (RF 1985 13)
  • Le Talismana
  • Le Talismanb
  • Le Talismanc
  • Le Talismand
  • Taches de soleil sur la terrasse1
  • Tétraèdres2
Le Talisman
Paysage au bois d’Amour
auteur(s) : Paul Sérusier (1864-1927)
dimension : H. 27 cm ; L. 21,5 cm
matériaux : huile sur bois
technique : peinture
datation : octobre 1888
lieu de conservation : Paris, musée d’Orsay
Paul Sérusier (1864-1927), Le Talisman (Paysage au bois d’Amour). Octobre 1888, peinture (huile sur bois), 27 × 21,5 cm. Paris, musée d’Orsay (RF 1985 13)
Le Talisman
Paysage au bois d’Amour
auteur(s) : Paul Sérusier (1864-1927)
dimension : H. 27 cm ; L. 21,5 cm
matériaux : huile sur bois
technique : peinture
datation : octobre 1888
lieu de conservation : Paris, musée d’Orsay
Paul Sérusier (1864-1927), Le Talisman (Paysage au bois d’Amour ; dos du tableau). Octobre 1888, peinture (huile sur bois), 27 × 21,5 cm. Paris, musée d’Orsay (RF 1985 13)
Le Talisman
Revers du tableau, portant l’inscription « Fait en octobre 1888, sous la direction de Gauguin par P. Sérusier, Pont-Aven. »
Paysage au bois d’Amour
auteur(s) : Paul Sérusier (1864-1927)
dimension : H. 27 cm ; L. 21,5 cm
matériaux : huile sur bois
technique : peinture
datation : octobre 1888
lieu de conservation : Paris, musée d’Orsay
Paul Sérusier (1864-1927), Le Talisman (Paysage au bois d’Amour ; détail des troncs d’arbre). Octobre 1888, peinture (huile sur bois), 27 × 21,5 cm. Paris, musée d’Orsay (RF 1985 13)
Le Talisman
Détail des troncs d’arbre
Paysage au bois d’Amour
auteur(s) : Paul Sérusier (1864-1927)
dimension : H. 27 cm ; L. 21,5 cm
matériaux : huile sur bois
technique : peinture
datation : octobre 1888
lieu de conservation : Paris, musée d’Orsay
Paul Sérusier (1864-1927), Le Talisman (Paysage au bois d’Amour ; détail de la tache bleue). Octobre 1888, peinture (huile sur bois), 27 × 21,5 cm. Paris, musée d’Orsay (RF 1985 13)
Le Talisman
Détail de la tache bleue
Paysage au bois d’Amour
auteur(s) : Paul Sérusier (1864-1927)
dimension : H. 27 cm ; L. 21,5 cm
matériaux : huile sur bois
technique : peinture
datation : octobre 1888
lieu de conservation : Paris, musée d’Orsay
Maurice Denis (1870-1943), Taches de soleil sur la terrasse. 1890, peinture (huile sur carton), 23,5 × 20,5 cm. Paris, musée d’Orsay (RF 1986 70)
Taches de soleil sur la terrasse
auteur(s) : Maurice Denis (1870-1943)
dimension : H. 23,5 cm ; L. 20,5 cm
matériaux : huile sur carton
technique : peinture
datation : 1890
lieu de conservation : Paris, musée d’Orsay
Paul Sérusier (1864-1927), Tétraèdres. Vers 1910, peinture (huile sur toile), 91,5 × 57,4 cm. Paris, musée d’Orsay (RF MO P 2018 5)
Tétraèdres
auteur(s) : Paul Sérusier (1864-1927)
dimension : H. 91,5 cm ; L. 57,4 cm
matériaux : huile sur toile
technique : peinture
datation : vers 1910
lieu de conservation : Paris, musée d’Orsay
Pourquoi cette toile de si petites dimensions est-elle devenue une icône ?

En 1888, Paul Sérusier est un jeune homme de 23 ans, cultivé, ancien élève du lycée Condorcet et massier à l’académie Julian. Durant l’été, il se rend à Pont-Aven pour rencontrer Paul Gauguin. C’est à la pension Gloanec, où il loge, qu’il fait la connaissance du peintre. Un jour d’octobre, ce dernier l’entraîne dans une leçon de peinture unique et déterminante.

Un paysage de couleurs pures aux formes synthétiques

Le Talisman image principale est une œuvre de très petit format, réalisée sur un panneau de bois. Elle frappe par la vivacité de ses couleurs.

La peinture est constituée de formes synthétiques rendues par la juxtaposition de taches colorées. Elle ne semble donc pas figurative au premier abord ; c’est en l’observant attentivement que le spectateur distingue des éléments de paysage. Ainsi, dans la partie supérieure gauche, apparaît un chemin aux tons ocres et rouges, bordé de troncs d’arbres bleus image c aux frondaisons jaunes et vertes. Le reste de la composition montre un cours d’eau et ses multiples reflets agencés telle une mosaïque de jaunes, de verts, de bleus image d, et une ombre portée sur la droite. Les aplats de couleurs font office de perspective.

Au dos image b, le tableau porte l’inscription suivante : « Fait en octobre 1888, sous la direction de Gauguin par P. Sérusier, Pont-Aven. »

 

La leçon de Gauguin

La rencontre des deux artistes a lieu au moment où Gauguin est de retour à Pont-Aven, après un premier séjour en 1886 et deux récents voyages au Panama et en Martinique en 1887. Il est alors en quête de spiritualité et de formes primitives. Pour l’église de Pont-Aven, il peint La Vision après le sermon, toile fondamentale qui rompt avec tout réalisme visuel. Les formes cernées et simplifiées, les couleurs vives traduisent sa recherche de synthétisme.

À l’automne 1888, Gauguin offre au jeune Sérusier une leçon expérimentale de travail en plein air dans le bois d’Amour. Il lui prodigue les mêmes conseils qu’à Émile Schuffenecker, à qui il écrit : « […], ne copiez pas trop d’après nature, l’art est une abstraction, tirez-la de la nature en rêvant devant, et pensez plus à la création qu’au résultat. » Sérusier applique ses couleurs sur la toile sous la dictée du maître : « Comment voyez-vous ces arbres ? Ils sont jaunes. Eh bien, mettez du jaune ; cette ombre, plutôt bleue, peignez-la avec de l’outremer pur ; ces feuilles rouges ? Mettez du vermillon. » La formule impose désormais la primauté de la sensation personnelle sur tout le reste.

Un manifeste

Bien que quelques repentirs soient identifiables, l’œuvre a probablement été exécutée rapidement. Certaines parties ont été lissées aux doigts, d’autres gravées à l’aide du manche du pinceau.

Malgré ses dimensions modestes, la toile devient une icône et prend une place exceptionnelle dans l’histoire de l’art. En effet, de retour à Paris, Sérusier montre à ses camarades de l’académie Julian ce paysage étonnant créé à Pont-Aven. C’est un ébranlement, provoquant d’innombrables discussions. Autour de Sérusier se rassemblent alors des artistes en recherche d’expérimentations : Pierre Bonnard, Maurice Denis, Gabriel Ibels, Paul Ranson, puis Édouard Vuillard, Ker-Xavier Roussel et Félix Vallotton. Le groupe prend le nom de Nabi, qui signifie «  prophète » en hébreu, révélant l’aspect initiatique de cette jeune société de peintres. Au sein du groupe, Sérusier est surnommé le Nabi à la barbe rutilante, et son Paysage au bois d’Amour est rebaptisé Le Talisman. À partir de cette œuvre extraordinaire s’élaborent de nouvelles théories esthétiques.

 

Un laboratoire d’idées

Outre Gauguin, les Nabis se tournent vers les œuvres de Cézanne et Degas. De Cézanne, ils retiennent la citation suivante : « Pour l’artiste, voir c’est concevoir, et concevoir c’est composer. » C’en est fini de l’art traditionnel ; les limites en sont brisées à la fois dans les formes plastiques et dans ses domaines d’expression. Plus tard, en 1914, Maurice Denis, à qui Sérusier lèguera Le Talisman, donnera cette nouvelle définition de la peinture : « Se rappeler qu’un tableau, avant que d’être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées image 1. »

Les Nabis s’affranchissent également des règles de la hiérarchie des arts : outre la peinture, ils explorent l’univers de l’illustration et de l’affiche, s’intéressent au monde du théâtre. Puis chacun d’entre eux empruntera un chemin personnel.

La peinture de Sérusier se dépouille progressivement, accordant une place croissante aux mathématiques : il compose des œuvres mystiques image 2, dans lesquelles il applique à la théorie du nombre d’or un rapport de proportion connu depuis l’Antiquité et érigé en théorie esthétique. En 1921, il rédige une synthèse de ses recherches sur la couleur, qu’il intitule A B C de la peinture

Aujourd’hui, Le Talisman peut être considéré comme un lien essentiel entre les remises en cause de la fin du XIXe siècle et les recherches expérimentales des avant-gardes du XXe siècle, certaines aboutissant à l’abstraction.

Véronique Duprat-Roumier

Permalien : https://www.panoramadelart.com/talisman-paysage-bois-amour-serusier

Publié le 05/08/2020

haut de page

ressources internet

  1. Le commentaire de l’œuvre sur le site du musée d’Orsay
    https://www.musee-orsay.fr/fr/collections/oeuvres-commentees/recherche/commentai
  2. Le podcast de l’émission « Le Talisman, de Sérusier : une toile brossée à la va-vite, devenue icône » sur le site de France Culture
    https://www.franceculture.fr/peinture/le-talisman-de-serusier-une-toile-brossee-
  3. Voir aussi le site Histoiredesarts.culture.fr

Si vous connaissez des ressources intéressantes, partagez-les en nous envoyant un commentaire !

glossaire

Massier :
Dans un atelier de beaux-arts, élève chargé de récolter auprès de ses camarades l’argent destiné aux dépenses communes ; on dit qu’il tient la masse.
Nabi :
Mot d’origine hébraïque signifiant « prophète ». Il désigne un groupe d’artistes postimpressionnistes, à la recherche d’une peinture nouvelle. Rassemblés à partir de 1888 autour de Paul Sérusier, les nabis partagent une esthétique faite de formes épurées, d’aplats de couleur, de contours, et parfois un certain sens du symbolisme et de la religiosité. Par ses écrits, le peintre Maurice Denis ne tarde pas à en devenir le théoricien. Sa formule, « un tableau […] est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées », traduit bien l’esprit de synthèse qui anime les nabis.
haut de page


laisser un commentaire

Votre avis nous intéresse ! Posez-nous des questions, suggérez-nous des sites, des œuvres à étudier... partagez avec d’autres vos coups de cœur !




* mentions obligatoires. Aucune information personnelle ne sera publiée, réutilisée, ou communiquée à des tiers